Saturday, March 29, 2008

Semaines 31 & 32 : Noël au balcon, Pâques au balcon.

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LES MEP SONT À LA RECHERCHE DE VOLONTAIRES POUR L’ANNÉE À VENIR. SI VOUS CONNAISSEZ DES JEUNES (VOUS-MÊME ?) EN QUÊTE D’AUTRES CIEUX ET MOTIVÉS POUR METTRE LEURS COMPÉTENCES AU SERVICE DES AUTRES POUR UNE DURÉE DE QUELQUES MOIS À DEUX ANS, N’HÉSITEZ PAS À LEUR FAIRE PASSER LE MESSAGE (JE VOUS ASSURE : C'EST SUPER). POUR PLUS DE PRÉCISIONS, CLIQUER ICI.

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Bon allez. Je bloguise un peu.

De ma 31e semaine, retenons le calme et la paisibilité de Kompong Cham, son Mékong qui se vide encore et toujours, ses grosses chaleurs du mois de mars, sa lune qui trompe les noctambules. Samedi, je finis par trouver Alexis, Romain et Simon, déjà passés deux fois en mon absence pour me trouver, envoyés par Dimitri qu’ils avaient croisé à Prey Vêng. Ces trois post-étudiants grenoblois, en vadrouille sur la planète depuis juin 2007, sont actuellement au Cambodge pour un projet humanitaire. Pendant six mois, ils y donnent un coup de main à l’association Enfants d’Asie, qui gère une bonne partie des orphelinats du royaume. Cette semaine, ils sont à l’orphelinat de Kompong Cham, juste derrière l’évêché, pour y faire quelques travaux. Le soir, nous nous retrouvons en front de fleuve, pour boire une binouze et jouer au tarot.

Simon, Romain, Alexis.



D’une nuit, je passe au dimanche. Après la messe des Rameaux, mes trois nouveaux compères sont conviés à petit-déjeuner à coups de beurre Président de Monseigneur. L’après-midi, Dimitri débarque avec Phoeng. Et pour cause : aujourd’hui, nous sommes de noce : la soeur de Damo (un collègue prey vêngois) se marie chez ses parents, à 100 mètres de l’évêché. A 16 h 30, nous mettons les pieds sous la table, et nous enfilons deux heures durant les cinq plats traditionnels des mariages khmers, arrosés à la bière Angkor, comme il se doit.



Il y a là le tout Kompong Cham connu, dont bon nombre d’employés du diocèse. Vers 19 h, le mur d’enceinte se met à hurler de toutes ses tripes ; sur une musique khmère, nous nous mettons à danser, en suivant les pas des accoutumés. Les plus résistants, parfois titubant, resteront jusqu’à 21 h 30. Nous retrouvons ensuite les Grenoblois pour une partie de tarot au bord du Mékong. La semaine s’achève à coups d’atouts et de bouts, de gardes et de contre-gardes

32e semaine donc. Semaine sainte. Mardi, j’emmène les trois aventuriers visiter Chup, la plus grande plantation d’hévéas du pays (22735 ha), à 15 kilomètres au-delà du Mékong, et dont je vous ai maintes fois parlé. Et pour cause : j’ai dû y aller une dizaine de fois depuis le mois de septembre. Là, nous faisons mon tour maintenant habituel : les ruines de l’église, les abîmes forestiers baignés par le cri silencieux des arbres, et l’usine de fabrication du caoutchouc.

« Les abîmes forestiers baignés par le cri silencieux des arbres. »



Mercredi, je prends un dernier pot avec les mêmes, qui repartent s’installer à Phnom Penh le lendemain. Jeudi saint, après mon cours d’Anglais, j’enchaîne sur la messe à Phum Thmey. Ce n’est pas loin : j’ai juste à monter un escalier. A petite église et petite communauté, petite assemblée. Nous sommes une vingtaine, et personne n’échappe au lavement des pieds.
Vendredi Saint, célébration à Kompong Cham.

L'église de Phum Thmey.



Samedi, rien de spécial, hormis les préparatifs du lendemain. Dimanche, messe de Pâques, avec dix baptêmes de catéchumènes en cours de célébration. Il y a foule. Près de trois cents personnes se pressent dans les jardins de l’évêché, transmués en cathédrale à ciel ouvert. Après la messe, un repas est servi à tous, sous une tente bariolée, installée la veille. A midi, tout le monde est reparti, sauf les jeunes ; ils danseront jusque tard sur de la musique techno-khmère type Macarena remasterisée puissamment crachée par deux enceintes qui feraient fuir un sourd. Les clochements romains sont loin. Il n’empêche : ici, au moins, il fait un temps de Pâques.

Pâques dans les jardins de l’évêché.



Voilà. Je m’arrête là. Et bien sûr, la pensée de la semaine : « Dilige et quod vis fac / Aime et fais ce que tu veux. » [Saint Augustin, Epistulam Ioannis ad Parthos, VII, 8].

Friday, March 14, 2008

Semaines 29 & 30 : vive la r’traite.

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Bonjour à tous,

Un peu plus, et je laissais passer le temps. Je suis ici jeudi soir, et me r’voilà. Que dire des deux dernières semaines ? Dans le détail, rien. J’aurais trop peur de m’y perdre.

Le 29 février, journée trop rare pour que l’on puisse l’oublier, je lève l’ancre par le bus de 7h30, direction Phnom Penh, et la messe mensuelle des coopérants suivie de la traditionnelle pizze partie. Comme d’habitude, je retrouve mes compères MEP, avec lesquels je pars le lendemain matin en « retraite spi », organisée par Bruno (séminariste à Bordeaux, et volontaire MEP en charge pour un an de la communauté catholique francophone de Phnom Penh). Pour le transport, nous avons affrété un lân touri, en fait un fourgon type familial, qui vient nous chercher à domicile. Nous embarquons à neuf, direction Kampot, à l’extrême sud du pays. En chemin, nous faisons étape à Chomka Tiêng, la mission du Père Olivier Schmitthaeusler (MEP et vicaire général à Phnom Penh). Là, à peu de choses près nulle part, le P. Olivier a développé une véritable zone d’activité, dont un lycée agricole et un atelier de soie sont les deux centres névralgiques. Seconde étape à la paroisse de Kampot, où nous récupérons le Père Denis (Québécois ordonné l’an dernier) et le Père Christophe (MEP) qui nous accompagneront pendant ces quatre jours.

Départ.




Pour le lieu de la retraite, après maintes tergiversations, ordres et contrordres, le choix s’est finalement porté sur Les Manguiers, très agréable propriété en bord de rivière et tenue par un Français marié à une Cambodgienne. Tout est ici aménagé pour les touristes : de petits bungalows de bois, sur pilotis et à l’architecture néo-suisse, sont loués à qui veut. Rien à r’dire : c’est très confortable, mais pas du tout cambodgien. Depuis l’autre rive, des montagnes donnent l’impression de se trouver sinon au bord du Lac de Côme, du moins ailleurs. C’est assez curieux. D’emblée, nous mettons les pieds sous la table, et ce premier déjeuner en dit long sur ce qui nous attend : après les entrées, les mets et les entremets de gambas, salades, frites, pattes de poulets grillées et autres délices, le plat de résistance, accompagné de son poisson sur réchaud, précède les fruits exotiques. C’est, je crois, ce qu’on appelle se taper la cloche. Après le déjeuner, baignade dans la rivière salée par la mer toute proche.

Déjeuner...





... au bord du Lac de Côme ?



... aux Folies Bergères ?



Partie de badminton (ndlr: écrasé par Dimitri 2-15/1-15).



Baignade (ndlr: c’est moi).



Ensuite, puisqu’il faut bien un peu de sérieux dans ce monde de barbares, nous nous attelons au thème de la retraite, à savoir l’espérance chrétienne au regard de Spe Salvi, la dernière encyclique du pape. Après la messe quotidienne, nous nous remettons à table. Rebelote, et je vous passe les détails.
Dimanche, le Père Denis nous a concocté une balade en montagne. Dimitri, encore estropié de la chute de la semaine dernière (lire ici), est voué à rester seul pour la journée. Nous partons donc à dix (huit volontaires et deux prêtres). Un bateau-navette, mis ici à la disposition des hôtes, nous fait traverser la rivière, et c’est parti pour quelque deux ou trois heures de marche. Au bout d’une demi-heure de bitume, nous atteignons enfin la montagne, et commençons à nous enfoncer dans ses antres.

« Un bateau-navette, mis ici à la disposition des hôtes, nous fait traverser la rivière. »





Le Père Christophe, Bruno, le Père Denis, Antoine.



Montagne, nous voilà !





C’est de plus en plus touffu. Le soleil tape. C’est de plus en plus beau aussi. Nous pénétrons peu à peu une sorte de jungle, attaquée sans demi-mesure par les tronçonneuses. Nous traversons des plantations de bananiers à flanc de monts. Les silhouettes des derniers grands arbres dégueulent leurs lianes. Le décor est somptueux; on se croirait dans un film sur la Guerre du Vietnam. Au fond de la vallée, saison sèche oblige, la rivière a tout juste de quoi couler péniblement. En surplombe, nous nous engouffrons dans des sentiers introuvables. À défaut de Viêt-Congs en cavale, nous tombons sur une bande de Mowglis, ravis de voir des Blancs ici-haut. Ils nous suivront jusqu’à la chute d’eau au pied de laquelle le P. Denis a prévu de déjeuner. Et quelle chute ! Si le débit est un peu maigrichon, s'il n'y a guère plus de pression qu'à ma douche matinale, le site est déconcertant. En arc de cercle tout autour d’un grand trou où nous pouvons sauter sans danger, la masse rocheuse d’où cascade cette eau des cimes a des airs de coeur de cathédrale. Nous nous y agrippons. Nous l’escaladons. Et nous en plongeons. Rien à r'dire : c’est extra. Une fois le topo du Père Christophe écouté et les sandwichs avalés, les Bronzés ayant ostensiblement marqué leur dernier passage, nous procédons à l’opération nettoyage du site, pour laquelle un feu sera notre meilleur allié.

« Les silhouettes des derniers grands arbres. »



Les pilleurs de forêt débitent les arbres sur place, et descendent le tout à la seule force de leurs bras.



« ... des airs de coeur de cathédrale. »



Les Mowglis.



« Nous nous y agrippons. Nous l’escaladons... »



« ... et nous en plongeons. » :

Le Père Denis.



Antoine.



Moi.



Nous redescendons dans la foulée, mais cette fois-ci nous scindons l’équipe en deux. Les uns reviennent sur leurs pas ; les autres - dont moi - décident de descendre par la rivière. Pendant plus d’une heure et demie, nous sautons de pierre en pierre, et de bloc de roche en bloc de roche, le tout au milieu d’une nature étourdissante. Ça frappe les yeux et tire les muscles.
De retour aux Manguiers, nous retrouvons notre convalescent, fatigué d’avoir dormi toute la journée. De tout le reste de la retraite, nous ne sortirons plus d’ici. Sans surprise, la large part du programme est consacrée à la méditation sur l’espérance chrétienne. Un tant soit peu dedans, et poussé par les questions que reprend l’encyclique, je m’abandonne une fois encore à la réflexion sur le sens de tout ça, et butte sur le marchepied de la limpidité. Tout m’est si confus.

La retraite se poursuit donc entre topos, réflexions et débats d’un côté, repas pantagruéliques, baignades et siestes de l’autre. Comme prévu, nous rentrons à Phnom Penh mardi en fin de journée, repus de ce temps de partage. À la maison des coopérants, l’aiguille de la balance de l’entrée m’indique que j’ai pris quatre kilos en quatre jours. Vu que j’en avais perdu dix depuis mon arrivée au Cambodge, me voilà à -6 [ndlr : à l’heure qu’il est, vu que j’ai repris mon régime épiscopal depuis maintenant quinze jours, j’ai bien dû redescendre à -10].

Mercredi 5, me voilà enfin à Kompong Cham, pour une semaine de boulot qui s’annonce courte. Au final, je ne l’ai même pas vue passer. Samedi matin, Dimitri débarque de Prey Vêng avec Damo, lequel a été prié par Mgr de venir à la grande réunion interdiocésaine des catéchistes qui a lieu à l’évêché pendant trois jours. Que de monde. Environ cent personnes, venues de tout le Royaume. Ma tranquillité en prend un sacré coup. M’enfin. Week-end malgré tout pépère, au bord du Mékong et dans un bout de monde qui a su m’apprivoiser.

Ma semaine s’achève ici. Je ne m’étalerai pas davantage sur ce point.
Néanmoins, veuillez lire ci-dessous mon second rapport trimestriel, et qui fait suite à celui du mois de novembre (lire ici) :



Je suis un bateau de fortune (2)



Six mois. Cent quatre-vingt-trois jours. 4392 heures. 263520 minutes. 15811200 secondes. Au gré des courants et contre-courants, j’ai donc fini par franchir le cap de la moitié de ma mission. De mémoire de marin, la mer avait rarement été aussi calme et les vents si généreux. Notons que le contournement de l’Ile-aux-Ennuis a été plus facile qu’annoncé. Le temps lui-même y a mis du sien : il est passé à toute allure. Kompong Cham, l’embarcadère où je suis amarré depuis maintenant tout ce temps, a pour première qualité d’être paisible. Avec le temps, je m’y suis fait. Et pour cause : il y fait bon vivre. Son climat se prête assez bien à une vie de bateau. J’y ai même découvert que le bonheur est apparemment plus simple que ce à quoi je m’attendais jusqu’alors. En fait, et pour ne rien vous cacher, j’apprécie mon port d’attache. J’apprécie ses habitants. J’apprécie ses quais, aux aménagements commodes à l’entretien des navires.

Côté mission, ce n’est pas mal du tout. Naturellement, si sur le papier la comptabilité ne fait rêver personne - du moins, je suppose ! -, j’ai appris à la regarder d’un oeil nouveau. Je lui consens même un intérêt, fût-il unique : celui de pouvoir dire en quelques clics qui dépense quoi. En soi, je vous l’accorde, ça ne casse pas des briques. Mais, au moins, ça a le mérite de nous aider pour les budgets, qui nous aident à leur tour pour les demandes de fonds. Sans ces demandes, pensez-vous !, l’argent n’arriverait pas, et la machine aurait bien du mal à tourner. Et oui, c’est comme ça, où que l’on soit, quel que soit celui ou ce pour quoi l’on travaille, l’argent règne en maître. Qu’on le veuille ou non, on lui doit une bonne partie du tout.

Voilà donc un aperçu de ma vie de bureau, toujours partagée avec Primprey, ma collègue Khmère. Je récapitule : un peu de saisie, et le reste en rapports financiers et autres dossiers de demandes de fonds.

Pour le reste de ma vie de volontaire, je continue de mettre le cap chaque jour sur Phum Thmey pour mon cours d’Anglais. J’aime cette sortie en mer quotidienne. J’aime ce village. J’aime mes élèves. En outre, de temps en temps, je donne un cours de Français à Kompong Cham, avec deux ou trois élèves tout au plus. À propos : le Français est une langue de barbares dont la seule règle impérissable est qu’elle est principalement faite d’exceptions. Le soir, à 6 h, je fais également l’apprenti prof d’Anglais avec comme élèves deux résidentes de l’évêché.

Sans même tenir compte des autres activités plus ponctuelles, tout cela m’occupe bien. Tout cela, je crois, m’occupe sainement. Je ne sors des eaux territoriales finalement qu’assez peu, et perds même rarement la côte de vue. Curieusement, ce n’est pas pour me déplaire. Ne m’étais-je pas dit au départ : « c’est clair, je mettrai toutes voiles dehors dès que je le pourrai » ? Que nenni. La crique dans laquelle je suis tombé a beau être escarpée, elle n’en est pas moins confortable. Et je souhaite à tout le monde de goûter un jour à son fond. Son fond ? C’est le Mékong qui se vide, dévoilant toujours plus ses sables, et donnant ainsi à la ville des airs de cité balnéaire. Ce sont des alentours enchanteurs. Ce sont des paysages beaux à m’émouvoir. Et ce fond a une double particularité ô combien appréciable : suffisamment reclus pour s’y sentir ailleurs, il est tout autant développé pour ne pas s’y sentir coupé du monde. Un juste milieu entre archaïsme et modernité, entre désuétude et progrès. Un coin de monde qui a su me séduire, et avec lequel je m’entends plutôt bien.

En somme, rien de vraiment neuf depuis la dernière fois. C’est signe que ma mission a été bien délimitée au départ, et que si soubresauts il y a, ils ne me font pour le moment pas chavirer. En dépit de leurs caprices, les flots cambodgiens continuent coûte que coûte de me porter. Au loin, je garde les yeux fixés sur les petites et grandes lueurs qui m’indiquent toujours et partout la voie à suivre et me restent autant de phares dans l’existence. Rassurez-vous ou non, si ma coque s’est offerte un coup de peinture, je n’ai pas changé. Je suis le même bateau qu’à l’accostage, toujours porté par des eaux peu à peu apprivoisées. Les vents d’ici me sont de moins en moins barbares, et je les sens me pousser vers je ne sais quoi d’impalpable, vers ce quelque chose intangible qui m’a fait reprendre la mer en août dernier. Quoiqu’il advienne, loin des docks qui m’ont vu naître, je peux d’ores et déjà m’attendre à ce que ma cargaison au retour soit un peu meilleure que celle avec laquelle je suis arrivé, et que je n’ai toujours pas fini de décharger. Je vous demande encore un peu de temps. À ma poupe, les dockers locaux sont à pied d’oeuvre et, jours et nuit, travaillent à m’agencer. Il n’empêche : si des conditions météo favorables me font de fait espérer arriver à l’Ile de Pâques sans encombres, je reste à l’affût des vagues et des vents, des pirates et des calamars géants. En quelque sorte : je n’oublie pas que je suis un bateau de fortune.


- FIN -

Et pour pensée de la semaine, un extrait d’Anna Karénine, de Tolstoï [trad. Henri Mongault]. Il s’agit d’une conversation entre Vronski, amant d’Anna Karénine, et Serpoukhovskoï, un de ses camarades de promotion, promu entre-temps général et dont la carrière rapide travaille quelque peu Vronski lui-même :

- "Moi aussi, reprit-il, j’ai été tenu au courant de tes faits et gestes, mais pas seulement par ta femme. Tu me vois très heureux, et nullement surpris de tes succès. J’attendais plus encore.
Serpoukhovskoï sourit de nouveau : cette opinion le flattait et il ne voyait pas de raison de le dissimuler.
- Quant à moi, dit-il, je n’espérais pas tant. Je suis vraiment très satisfait. L’ambition est ma faiblesse, je l’avoue sans fard.
- Tu ne l’avouerais sans doute pas si tu réussissais moins bien.
- Je ne pense pas, dit Serpoukhovskoï toujours souriant ; sans l’ambition, vois-tu, la vie vaudrait peut-être encore la peine d’être vécue, mais elle serait bien monotone. Je ne crois pas me tromper, il est possible que je possède les qualités nécessaires au genre d’activité que j’ai choisi, et qu’entre mes mains le pouvoir, si jamais il m’est donné de jouir d’un pouvoir quelconque, soir mieux placé qu’entre celles de bien des gens de ma connaissance. Voilà pourquoi plus j’approcherai du but, plus je serai content, ajouta-t-il avec un air de suffisance béate.
- C’est peut-être vrai pour toi, mais pas pour tout le monde. Moi aussi j’ai autrefois pensé comme toi, mais aujourd’hui je ne trouve plus que l’ambition soit le seul but de l’existence.
"

Saturday, February 23, 2008

Semaines 27 & 28 : veni vidi.

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« Jour après jour, je lutte pour conserver non seulement mes forces, mais aussi mon équilibre moral. Tout est si confus. J’n’ai plus la force d’écrire. Je n’sais plus ce qui est bien et ce qui est mal. » [Charlie Sheene, alias Chris Taylor, dans Platoon – real. Oliver Stone, 1986 -]




« Bonjour à tous,

Je m’y remets enfin. J’ai peu de temps. Alors je fonce. Je me replonge un instant dans mes aventures. Et les voilà qui resurgissent, en pleine nuit cambodgienne. Je suis ici mercredi soir. Il est 21 h 10. Collé à mon écran, je m’abandonne une fois encore à mes souvenirs. C’est parti.

De ma vingt-sixième semaine, je ne retiendrai ici que le dimanche. En retard pour la messe de 7 heures, j’y ai débarqué à 7 h 18, une minute tout juste après avoir sauté de mon lit ; contre toute attente, j’y retrouve Rémi. Le bougre était arrivé la veille au soir avec quatre autres compères. Ils ont préféré dormir à l’hôtel plutôt que de s’inviter à la dernière minute à l’évêché. Bref. Après la messe, nous voilà du coup partis pour la plantation Chup avec au passage une ascension de la tour cham (lire ici). Les motos 150 cm3 louées par Rémi & Cie en ont dans le bide. Je peux vous dire : ça dépote. 8 minutes pour rentrer de Chup, qui dit mieux ? Pour le déjeuner, nous nous posons sur l’île. Tout le monde repart presque aussitôt, pour arriver avant la nuit à Phnom Penh.


Pour ma vingt-septième semaine, je retiendrai ici deux choses :

1) Vendredi : je pars en moto à Prey Vêng, où, sans surprise, je retrouve Damo, Phoeng, Dimitri, et les jeunes de la paroisse. Samedi, nous partons comme prévu vers le Vietnam. Une petite heure de route jusqu’à Neak Lueung, puis deux heures de piste à longer le Mékong, et nous voilà à la frontière. Sur le panneau est indiqué « Socialist Republic of Viet Nam ». Nous voyons le Vietnam. Il est là. À quelques mètres. Quel beau pays. Le garde-frontière a beau nous faire comprendre que nous pourrions passer moyennant passeports (et commission certainement), nous n’y faisons rien. Nous sommes venus le voir, et, justement, nous le voyons. Au retour, un chien coursant une poule nous fait choir. Dans la chute, Dimitri se plante le cale-pied dans le mollet et devient un mutilé du Vietnam. Après une pause à Prey Vêng, nous poursuivons notre route jusqu’à Kompong Cham, où nous avalons un steak-frites en front de fleuve.

En route vers le Vietnam.












Où est Charlie ?




Socialist Republic of Vietnam.









2) Dimanche : 16 h : messe dominicale à Phum Thmey avec les scouts francophones de Phnom Penh, dont Antoine et Philibert sont les chefs cette année ; de fait, ils sont en camp vélo autour de Kompong Cham depuis jeudi, et font escale pour la nuit à Phum Thmey. 19 h : projection cinématographique dans la grande salle du bas, à l’évêché. Ce soir, fort d’un précédent succès, Charlie Chaplin est encore au programme (Le Cirque et Les Temps Modernes) ; alors que la salle se tord de rire, nous nous attelons à préparer le grand jeu nocturne pour les scouts. Je vous passe les détails, mais c’est l’histoire du Prince Norodom Sakderi, neveu du roi du Cambodge, qui s’apprête à renverser son oncle avec l’aide de son fidèle Houssène. Ils ont volé la couronne de Norodom Sihamoni, et les scouts doivent à tout prix la récupérer pour éviter au pays ce coup de grâce qui le ferait replonger dans la guerre. Bref. Départ en voiture de l’évêché vers 22 h. Arrivée à Phum Thmey vers 22 h 30. Le temps de lancer le jeu, il est 23 h 30. Et les scouts arrivent à "la planque de Houssène" à minuit, sur fond de musique aphrodisiaque ; et pour cause : il y a un mariage juste à côté. C’est parfait : ça nous couvre. À 1 heure, la musique s’arrête, et le chien de service prend la relève jusqu’à la fin du jeu. "Couché le chien !". Loin de vouloir vous raconter tout le jeu, je voudrais simplement vous rapporter le quatrain en alexandrins que les scouts ont dû écrire dans leur quête (thème imposé : le Cambodge) :

"Je suis mon cher ami très heureux de te voir,
Enfin nous nous retrouvons, passe ton mouchoir,
Dépêche-toi car je veux t’inviter à boire,
Ici nous sommes au nez qui cool au Cambodge soir
."

Sur le même papier, au verso, on peut lire ce qui doit être un essai :

"J’aime le riz blanc et les légumes cambodgiens.
Quand tu dégustes ça pendant cinq jours au camp,
Tu deviens constipé et tu peux dire merci.
Merci à qui ? Merci aux chefs et au Cambodge.
"

Les scouts au départ.



Philibert chef de troupe.



L'unique patrouille de la troupe.





Voilà. C’est tout.
Je n’oublie pas la pensée de la semaine : "Les nuits et les jours remplis partout et toujours du cri interminable des hommes." (Albert Camus, La Peste). »




Le plus de la semaine:

Coucher de soleil à Phum Thmey.



Ma maison (ma chambre est au premier).




Saturday, February 16, 2008

Semaine 26: « Overlord ».

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« Bonjour à tous,

Ma 26e semaine a été courte. Et pour cause : Primprey et moi avons prolongé notre week-end prey vêngois (lire ici) jusqu’à mercredi matin, avant de regagner notre bureau de Kompong Cham et ses trucs à faire.

En rentrant de Prey Vêng, dans les plantations d'hévéas.








Jeudi, un certain Matthieu (mon prédécesseur d’il y a deux ans), débarque à Kompong Cham pour une escale de trois jours avant de partir plus au nord coordonner un projet de l’association Coup de pouce humanitaire. Il sera rejoint samedi par une bande de joyeux lurons français, venus de Paris, de Londres et d’ailleurs, pour prêter main forte à l’opération : en tout, quatorze jeunes actifs, soucieux de faire de leurs vacances quelque chose d’utile.

Samedi matin, Dimitri et Phoeung débarquent de Prey Vêng. Aujourd’hui, nous emmenons les gamins de Phum Thmey faire un tour en bateau sur le Mékong. Première chose à faire : aller au marché, acheter de quoi déjeuner : portions individuelles de riz au poulet, bananes, eaux, et gâteaux pour le dessert. Deuxième chose : aller à Phum Thmey en voiture chercher les quelques enfants prêts pour 10h (les autres sont en train de terminer leur dernier examen trimestriel, dont ils ne sortiront qu’à 11h : nous reviendrons les chercher tout à l’heure en bateau). Troisième chose : retrouver Poulih, le gars à qui nous avons demandé s’il pouvait nous mettre son bateau et son savoir-naviguer à disposition, et avec qui nous avons rendez-vous à 10h30 devant l’hôtel Angkor à Kompong Cham. Ça y est, c’est parti : direction Phum Thmey, à 10km en amont, avec en accompagnateurs le Père François, et deux séminaristes thaïlandais venus s’immerger à Kompong Cham pour trois semaines (Phoeung s’est désistée pour cause de réunion dans l’après-midi au sujet de la messe de demain – voir plus bas -).
Quarante minutes de remontée dans des paysages étourdissants, le moteur à plein régime, et nous voilà à Phum Thmey, où nous récupérons le reste de la troupe. C’est r’parti : quelques ronds dans l’eau, et nous débarquons sur la berge d’en face, ou plutôt sur les fonds sablonneux du Mékong émergés à cette époque de l’année. Après une baignade obligatoire (le Mékong étant trop bas, impossible d’accoster), nous pique-niquons, avant de jouer au relais et à l’épervier. Nous levons l’ancre vers 13h00, et nous promenons encore un peu sur les eaux calmes du fleuve, avant de regagner Kompong Cham vers 15h.

Depuis le bateau, le pont de Kompong Cham (le seul à enjamber le Mékong cambodgien).



Les berges du Mékong à la sortie de Kompong Cham.



« Proue ».



Un des deux séminaristes thaïlandais.



Embarquement à Phum Thmey.



Mes Spice girls.



« Jeffrey », l’« élément perturbateur » de mon cours d’Anglais (1) (ndlr: comme j'avais un peu de mal au début avec les prénoms cambodgiens, j’ai demandé à mes élèves de se choisir un prénom anglais).



« Elizabeth », l’« élément perturbateur » de mon cours d’Anglais (2).




Une partie de la bande.




Boat people.





Là, nous retrouvons bientôt les quatorze Français débarqués le matin même à Phnom Penh. Il y a dans la bande une de mes connaissances parisiennes qui poursuit ses études à Singapour. Je dîne à coté d’un niverno-berrichon, neveu de ma belle-soeur Marthe, et qui m’était jusque là inconnu. Pendant le dîner, une demoiselle se lève, et me lance un : "Tu as le bonjour de ta cousine Caroline". "Houlala on se calme s’il vous plait : je vous rappelle que nous sommes à Kompong Cham, et que je n’y connais personne."

Après le dîner, Dimitri et moi allons nous poser chez l’Anglais qui tient un pub en front de fleuve, et qui ferme bientôt boutique pour cause de seconde expatriation en Australie.

Dimanche matin : grand’messe. Mgr a revêtu ses habits de lumière pour la seconde étape du baptême des catéchumènes. Après le petit-déjeuner et un passage éclair au marché pour y acheter de quoi nous sustenter le soir (nous dînons chez Primprey), je vais à l’arrêt de bus chercher Philibert qui débarque de Phnom Penh en compagnie d’Odile, une collègue de Chine venue faire un tour au Cambodge. Après-midi plage sur l’île d’en face (lire ici) avec Primprey, Phoeung, Dimitri, Philibert et Odile. Les eaux du Mékong sont décidément exquises, et le soleil déclinant qui s’y reflète nous offre de nous y baigner dans un décor de carte postale. En fin d’après-midi, son dôme argenté nous faisant depuis l’autre rive l’effet d’un miroir aux alouettes, nous passons à la mosquée de Kompong Cham (rappel : « Kompong Cham » signifie « embarcadère des Chams », qui sont les musulmans d’ici), dont ces demoiselles s'en voient comme attendu interdire l’accès. Qu’à c'la n’tienne : "nous, les hommes", entrons. N’en déplaise à Primprey qui boude dans son coin (s’attendait-elle à ce qu’on lui ouvre grand les portes, bravant au passage une des règles de l’Islam ??) les fidèles barbes&djellabas nous y font bon accueil, au point de nous serrer la main. Le site est agréable, et l'atmosphère qui s'en dégage me rappelle Tintin et le Crabe aux pinces d’or; ce n’est pas pour me déplaire. J’y retournerai, ne serait-ce que pour l’expérience sociologique.

Après-midi plage :

Sur le départ, dans les jardins de l’évêché.



Baignade.



Moi.



Avec Phoeung (ndlr: ce n'est pas moi qui suis grand, c'est elle qui est petite).



Avec Philibert (ndlr: ce n'est pas moi qui suis petit, c'est lui qui est grand).



Le soleil déclinant (1).



Le soleil déclinant (2).



Sur l'autre rive, le dôme argenté de la mosquée.



Vers 18h, nous débarquons chez Primprey, qui habite à deux cent mètres à peine de l’évêché, et nous attelons à la cuisine. Au menu : barbecue de boeuf et de poulet, patates à la braise, salade de tomates, courgettes, piments, pastèques, glace, et vin rouge. On se croirait dans « la maison de campagne des parents, dans l’Yonne » (ndlr: toute ressemblance avec des faits réels serait purement fortuite).
Bref. Voilà une fois encore de quoi me (vous ?) rassurer sur mon sort : Kompong Cham est une ville où il fait bon vivre.
Voilà. C’est tout. Je m’arrête là. A la semaine prochaine, et n’oubliez pas d’explorer les méandres de mon blog !

Barbecue party :

Avec Dimitri, Philibert et Odile.



Phoeung aux cuisines.



La sauce pour la viande: fricassée d'oignons au poivre citronné.



Barbecue.



A table !



« Chez les parents, dans l’Yonne... »



Après le réconfort, l’effort.





Et naturellement : la pensée de la semaine : "Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse." (Albert Camus, lors de la cérémonie de remise du Prix Nobel de Littérature en 1957. »


La photo transite de la semaine : la pochette de mon deuxième album...